vendredi 8 décembre 2017

Solo Round the World against the prevailing winds and currents - Tour du Monde en solitaire à d’est en ouest et sans escale

TOUR DU MONDE A L'ENVERS... 
A LA VOILE ET EN SOLO !

Par François Chevalier


À bord d’Actual Ultim, Yves le Blevec est le premier à tenter un Tour du Monde en solitaire à d’est en ouest et sans escale, le Global Challenge, sur un multicoque. Après un premier départ le 5 novembre 2017, il est reparti de la Trinité le 24 novembre de la presqu’ile de Quiberon pour boucler son tour.


Actual Ultim
Départ 24 Novembre 2017
Durée prévue, entre 80 et 90 jours
Type : Trimaran Ultime
Skipper : Yves le Blevec
Architecte : Nigel Irens — Benoît Cabaret
Chantier : Boat Speed (Australie)

Calcul de la structure : John Levell

Dessins des appendices : Martin Fischer
Mise à l’eau : 21 juin 2007 (Sodebo)
Mise à l’eau : 23 sept. 2015 (Actual Ultim)
Autre nom : Sodebo
Longueur : 31 m
Flottaison : 31 m
Bau : 16,55 m
Tirant d’eau : 3 m
Déplacement : 12 t
Tirant d’air : 35 m
Voilure, près : 395 m2
Voilure, portant : 500 m2

En 2004, après deux premières tentatives à bord d’Adrien, interrompues par des problèmes techniques, Jean-Luc Van Den Heede a battu d’un mois le précédent record. Sa ligne de départ est la même que celle du Trophée Jules Verne, entre le Cap Lizard et Ouessant.

Adrien
122 jours 14 heures 3 minutes et 49 secondes
7 novembre 2003
 – 9 mars 2004


Type : Cotre
Skipper : Jean-Luc Van Den Heede
Architecte : Gilles Vaton
Constructeur : Chantiers Gamelin (La Rochelle)
Lancement : 15 avril 2002
Autres noms : L’Oréal Paris, Tahia
Longueur de coque : 25,70 m
Largeur de coque : 5,40 m
Type d’appendice : quille fixe
Matériau : Aluminium 5083
Tirant d’eau : 4,60 m
Tirant d’air : 31 m
Voilure au portant : 585 m²
Voilure au près : 335 m²
Mât tournant étanche : 9,50 m2
Déplacement : 30 t
Lest : 11,8 t + voile de quille 2,5 t
Ballast : 3,5 t
Moteurs : 2 x Volvo Penta 50 CV Saildrive

À la poursuite de record sur les océans, Philippe Monnet s’en adjuge trois en multicoque avant de s’attaquer au Tour du Monde à l’envers en janvier 2000 à bord de l’ancien Open 60 Fleury Michon de Philippe Poupon, modifié et rebaptisé Uunet. Il tente un raccourci en frôlant le Cercle antarctique et rentre à Brest avec presque dix jours d’avance sur Mike Golding.

Fort de sa seconde place dans le Global Challenge 1992-93, course autour du monde en équipage amateur avec escales sur des Challenge 67, Mike Golding repart en solitaire dans l’autre sens et réduit le temps de Chay Blyth de 125 jours à son retour dans le Solent. Il embarque sur le même bateau deux ans plus tard et remporte le second Global Challenge 1996-97.

Chay Blyth aime les défis, il est le premier à boucler en solitaire un Tour du Monde à l’envers, entre 1971 et 1972. Construit en seulement quatre mois, il représente alors ce qui se fait de mieux, en voilier hauturier, Chay Blyth quitte Southampton et revient 292 jours après. Robin Knox-Johnston à bord de Suhaili, deux fois plus petit que British Steel, avait fait le Tour du Monde deux ans avant dans l’autre sens en 312 jours.

En 1895, Joshua Slocum résolut de faire un tour du monde en solitaire à partir de Boston, à la recherche des meilleurs moments de sa vie de capitaine de clipper. Il traverse l’Atlantique et met le cap sur l’Amérique du Sud, le Pacifique, l’Indien en s’arrêtant dans ses ports d’escale, et retourne à Newport en 1898 chez lui, heureux.

Parti de Séville en 1519 avec cinq navires et 237 hommes, Magellan ouvre la route du Tour du Monde, d’est en ouest, en cherchant un passage au sud de l’Amérique. Il y perd la vie et seule la Victoria, sous le commandement de Juan Sebastian Elcano, réussit à retourner en Espagne après trois ans de voyage, avec seulement 22 hommes à bord.

Uunet
151 jours 19 heures 54 minutes
2000


Type : 60’ Open
Skipper : Philippe Monnet
Architecte : Philippe Briand
Modifications : Marc Lombard
Constructeur : Jeanneau
Lancement : 1989, puis, 29 septembre 1998
Autres noms : Fleury Michon X, Roxy et Votre Nom autour du monde, Gonna Gitcha II
Longueur de coque : 18,28 m
Longueur de flottaison : 16,88 m
Largeur de coque : 5,54 m
Type d’appendice : quille pendulaire à 30°
Matériau : Kevlar carbone
Tirant d’eau : 4,50 m
Voilure au portant : 445 m²
Voilure au près : 259 m²
Mât carbone : 27 m
Déplacement : 10,5 t
Lest : 3,9 t
Moteurs : Volvo Penta 43 CV

Group4
161 jours 16 heures 35 minutes et 42 secondes
1993-1994


Type : Challenge 67
Skipper : Mike Golding
Architectes : David Thomas et Thanos Condylis
Constructeur Devonport Yachts Ltd.
Lancement : 1991
Autre nom : Ecover
Longueur de coque : 20,40 m
Longueur de flottaison : 17,76 m
Largeur de coque : 5,26 m
Type d’appendice : quille fixe
Matériau : Acier
Tirant d’eau : 2,82 m
Tirant d’air : 25,98 m
Voilure au portant : 570 m²
Déplacement : 34,5 t
Lest : 10,9 t
Moteurs : Perkins 136 CV
En location

British Steel
292 jours
18 octobre 1970 - 2 août 1971


Type : Ketch
Skipper : Chay Blyth
Architecte : Robert Clark
Constructeur : George Phillips & Son (Noss)
Lancement : 19 aout 1970
Longueur de coque : 18 m
Largeur de coque : 4,00 m
Type d’appendice : quille fixe
Matériau : Acier
Tirant d’eau : 2,47 m
Voilure : 140 m²
Déplacement : 28 t
Moteurs : Perkins 40 CV
Restauré à Dartmouth

Spray
3 ans, 2 mois et 3 jours, avec escales
1895-1898


Type : Oyster fisherman
Skipper : Joshua Slocum
Année d’acquisition : 1892
Longueur de coque : 11,20 m
Largeur de coque : 4,32 m
Type d’appendice : quille longue
Matériau : bois
Tirant d’eau : 1,35 m
Voilure : 94 m²
Type de gréement : sloop, puis yawl, en 1895
Déplacement : 18 t
Perdu en mer en novembre 1909

Victoria
3 ans, en équipage et avec escales
21 septembre 1519 – 6 septembre 1522


Type : Caraque
Commandement : Ferdinand Magellan, Duarte Barbosa, puis Juan Sebastian Elcano
Année d’acquisition : 1518
Longueur de coque : 27 m
Largeur de coque : 7 m
Type d’appendice : quille longue
Matériau : bois
Tirant d’eau : 2 m
Type de gréement : trois mâts
Déplacement : 85 t
Armement : 10 canons
Perdue en Atlantique en 1570
Répliques : Victoria, à Séville en 1992, tour du monde entre 2004 et 2006

– Nao Victoria, en 2011 à Punta Arenas

mercredi 1 novembre 2017

MINI TRANSAT 2017

Par François Chevalier

En créant la Mini Transat, l’objectif de Bob Salmon de renouer avec l’aventure avec peu de moyens s’est vérifié la première édition, en 1977, mais dès 1979, un prototype à ballast American Express, à Norton Smith, l’emporte. Il ouvre la voie à l’expérimentation de solutions architecturales innovantes. En 2010, l’ingénieur David Raison conçoit le Magnum 747 avec une étrave large et pleine. 

© François Chevalier 2017
Au mois de novembre, la revue Voiles & Voiliers organise un comparatif et constate que le concept de scow adapté à la course au large est payant, meilleur cap et plus rapide dès 12 nœuds de vent. La victoire de David dans la Transgascogne et la Mini 2011 confirme le pronostic, mais de façon assez étonnante, pas une nouvelle étrave de scow à l’horizon pour 2013, alors que l’Italien Giancarlo Pedote rebaptise le 747 : Prysmian et s’adjuge huit victoires entre 2012 et 2014 et remporte le classement général des Minis des années 2013 et 2014.
Mis à l’eau en 2014, le nouveau Maximum 865 de David Raison se taille onze victoires entre 2015 et 2016. 

Pourtant, sur la trentaine de protos qui courent actuellement on ne compte aucun nouveau Raison; le 865, renommé Griffon, continue, depuis le début de l’année à faire des ravages, victorieux sur les six évènements où il a participé. Le 747, racheté fin 2016 par SEAir, est équipé de foils et vole depuis le 25 janvier, mais ne sert que de voilier expérimental et ne participe pas aux compétitions.

Le premier Mini à suivre les traces de David Raison est mis à l’eau en 2015, Eight Cube 888, pour le Suisse Simon Koster, conçu par le bureau d’architecture navale Mer Forte, et dessiné par l’architecte Olivier Mousselon. Équipé de foils qui tiennent compte de la règle en vigueur, 3 mètres de large, appendices compris, les foils sont, comme sur les catamarans AC 50, à ailes rentrantes. 
La quille est télescopique, et le roof particulièrement proéminent répond au programme du skipper qui désirait une bonne protection. Simon arrive à tirer son épingle du jeu avec une troisième place dans la Mini en mai de 2016 et une seconde place dans la dernière Transgascogne, juste derrière le Griffon 865 de Ian Lipinski.

En juin 2016, Lalou Roucayrol met à l’eau l’Arkema 3 900, un Mini assez innovant, tant par ses formes, ses foils, ses matériaux de construction et son gréement. Conçu par l’architecte Romaric Neyhousser, et skippé par Quentin Vlamynck, il reprend le concept du scow du Maximum, avec un bouchain qui fait le tour de la coque. Grâce à la libéralisation des règles de largeur de la Mini - la largeur de l’ensemble coque et appendices ne doit pas dépasser 3 mètres sur la ligne de départ et 6,50 mètres en course — l’équipe de conception a pu développer des foils qui basculent de l’horizontale à la verticale autour d’une olive placée sous le bouchain dans laquelle ils peuvent s’escamoter. 
Ces foils sont du type de ceux développés sur les IMOCA, mais ils sont, en proportion, beaucoup plus étroits. Une fois abaissés la surface de dérive qu’ils représentent est, par rapport aux dérives traditionnelles de Griffon, 45 % moins importante. Sur les safrans, le foil est placé au trois cinquièmes de leur profondeur. Le franc bord présente un maximum au milieu du voilier et s’abaisse vers l’avant et l’arrière, au point que le franc bord avant est inférieur de 20 centimètres par rapport au Magnum 747.

La coque au-dessus du bouchain est inclinée vers l’intérieur, permettant un décoffrage aisé du moule de construction de la coque en deux parties, crée une marotte moins agressive sur l’avant et réduit le développé du pont. 
© François Chevalier 2017

Vue en plan, l’avant du voilier est moins large et plus arrondie que les 747 et 865 de David Raison, ce qui représente un recul de 30 centimètres en longueur à un mètre de l’axe du bateau. Il est évident que cela correspond à une longueur inférieure de la coque à la gîte, et donc un handicap au près, mais un meilleur passage dans les coups de butoir dans le creux des vagues. Cela dit, ces carènes bouchonnent beaucoup plus que celles qui sont plus fines sur l’avant et l’étrave soulage d’autant qu’elle est porteuse. Cette diminution de la longueur de flottaison est un peu étonnante, car cette forme de coque possède le défaut de manquer de point d’appui sur l’avant, par rapport aux carènes classiques. Cela dit, en comparant les carènes du 747 et du 900, les lignes de flottaison sont assez similaires, légèrement plus creuses sur le 747. Le bouchain du 900 interrompt ces lignes, ce qui a permis de diminuer le bau maximum de la coque de 12 centimètres, réduisant le développé du voilier. Cette diminution de raideur est théoriquement compensée par les foils qui augmentent le couple de redressement, même si à l’usage, les foils semblent un peu trop juste en surface.

Le gréement choisi par l’équipe Lalou Roucayrol est du type à aile épaisse en deux éléments, avec fente et système de réduction. La partie avant est articulée autour du mât autoportant. Il est tenu par les bastaques lorsque les voiles d’avant sont établies. L’étai de foc est amarré sur le système de pivotement du bout-dehors qui coulisse sur un rail à l’étrave, permettant de balancer le point d’amure du foc au vent ou sous le vent suivant les besoins. La coque a été réalisée en résine acrylique thermoplastique, qui a l’avantage d’être recyclable. Comme on le voit, le skipper, Quentin Vlamynck, a pu se faire du souci avant d’assimiler toutes les manœuvres de son mini, entre le gréement, les deux foils, la quille pendulaire, le safran relevable, le bout-dehors télescopique et orientable et les bastaques. Heureusement, ce type de carène protège mieux le skipper des embruns, il peut se concentrer, une fois tous ces réglages effectués, sur sa navigation…


Depuis sa sortie en 2014, le Pogo 3, signé Guillaume Verdier, s’est imposé comme voilier de série idéal. En effet, il a remporté la plupart des compétitions en Mini depuis sa mise à l’eau. Pas d’excès sur ce voilier destiné aux fins barreurs comme aux néophytes, mais un compromis efficace et relativement simple d’emploi. 
Avec un avant bien plein et rasant, un bouchain long et généreux, un léger redan sur l’avant, une carène creuse, des fonds plats et des flans évasés pour déjauger rapidement même à la gîte, l’ensemble génère une carène puissante, raide et planante. 
Avec un rapport de lest-déplacement conséquent, soit 50 pour cent, et un plan de dérive efficace, le skipper peut mettre de la toile sans partir au tapis à la moindre survente. Un voilier de série qui se comporte remarquablement par rapport aux protos, le premier Pogo 3 se placerait troisième dans la Transgascogne parmi les 8 protos, et neuvième sur 23 dans le Mini-Fastnet. Sachant que les protos ont un tirant d’eau de 2 mètres, soit 40 centimètres de plus que le Pogo, et une quille pendulaire, la performance de Guillaume Verdier tient encore la route.

DATA


Arkema 3

Mini 6.50 Proto N°900
Architecte : Romaric Neyhousser
Année de construction : 2016
Longueur de coque : 6.50 m
Largeur de coque : 2,88 m
Longueur de flottaison : 5.60 m
Type d’appendice : quille pendulaire et foils
Matériau sandwich : résine recyclable Elium, carbone
Tirant d’eau : 2.00 m
Voilure au portant : 107 m²
Voilure au près : 44 m²
Type de gréement : mât aile autoporté
Déplacement lège : 800 kg
Lest : 350 kg


Pogo 3

Mini 6.50 Série
Architecte : Guillaume Verdier Design
Année de construction : 2014
Constructeur : Structures (Combrit)
Longueur de coque : 6.50 m
Largeur de coque : 3.00 m
Longueur de flottaison : 6,47 m
Type d’appendice : quille fixe
Matériau sandwich : polyester fibre de verre
Tirant d’eau : 1,60 m
Voilure au portant : 98 m²
Voilure au près : 41 m²
Type de gréement : 9/10
Déplacement lège : 920 kg
Lest : 460 kg